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Les Etablissements Pénitentiaires pour Mineurs :
une dangereuse imposture !

vendredi 16 mars 2007


SIGNATAIRES :
LDH, SM, SNPES-PJJ/FSU, SNEPAP/FSU, SNUAS-FP/FSU, SUD SANTE SOCIAUX, SNP.

La loi du 9 septembre 2002, dite loi Perben 1, a prévu la construction de prisons spécifiques pour les mineurs. Cette disposition fait partie d’un ensemble de mesures qui, avec celles contenues dans la loi Perben 2, durcissent considérablement la justice des mineurs en créant de nouvelles peines et en réinstaurant les Centres Fermés. Plus récemment, la loi de prévention de la délinquance a introduit une nouvelle réforme de l’ordonnance de 45 qui franchit un pas supplémentaire dans le rapprochement de la justice des mineurs de celle des majeurs. Les Etablissements Pénitentiaires pour Mineurs (EPM) s’inscrivent dans cette avalanche de lois sécuritaires qui mettent en place un contrôle accru et une mise à l’écart des populations les plus fragilisées par la crise sociale et stigmatisées comme "les nouvelles classes dangereuses".

Dans ce contexte, les jeunes en difficulté sont pointés du doigt comme responsables de l’insécurité. C’est pourquoi, en pleine campagne électorale, le gouvernement fait la promotion de son programme de construction des EPM pour utiliser une fois de plus la question de la délinquance juvénile comme argument électoral.

Les EPM : un véritable hold-up de moyens.

Les 7 EPM prévus devraient coûter pour leur seule construction 90 millions d’euros et une quarantaine de personnels de la Protection Judiciaire de la Jeunesse travailleront dans chacune de ces prisons.

Dans le même temps, en l’espace de deux ans, une dizaine de foyers éducatifs ont été fermés à la PJJ, d’autres fermetures sont en prévision et les listes d’attente sont monnaie courante dans les services de milieu ouvert.

La construction d’un seul EPM équivaut à :

- 6 foyers éducatifs de 10 places ;
- 8 services d’insertion professionnelle, soit 250 mineurs pris en charge ;
- 10 services de milieu ouvert, soit 1500 jeunes suivis.

Ce sont là des modalités de prise en charge qui ont fait la preuve de leur efficacité mais le gouvernement, en même temps qu’il proclame que l’incarcération doit être le dernier recours, prive les structures de prévention et d’éducation de moyens indispensables.

Si la prison est nocive, alors, il faut faire d’autres choix pour développer la protection de l’enfance, la prévention dans les quartiers en difficulté, l’éducation nationale.

Les 7 EPM vont créer 120 nouvelles places de détention ; une fois décomptées celles des quartiers mineurs qui seront conservés ce qui, au regard du taux moyen d’incarcération actuel ne correspond pas à un besoin ! Mais les EPM, prisons « neuves et modernes » seront un appel d’air pour plus d’incarcération.

Ainsi l’offre risque de créer le besoin car l’ampleur du programme EPM est bien liée au projet d’augmentation de l’incarcération des mineurs. C’est d’ailleurs le sens des propos répétitifs du ministre de l’Intérieur qui souhaite une sévérité accrue vis-à-vis de ceux-ci et un traitement équivalent à celui des majeurs.

Les EPM : une imposture !

Pourtant, la visée répressive des EPM est maquillée par un certain nombre d’alibis et sert de prétexte à diffuser des idées fausses.

Pour promouvoir ces établissements, le gouvernement et le ministre de la justice font croire à l’opinion publique que, jusqu’alors, les mineurs n’étaient pas séparés des majeurs alors que les quartiers pour mineurs existent dans toutes les maisons d’arrêt. Seules les jeunes filles sont actuellement incarcérées avec les femmes adultes. On peut difficilement croire que 7 prisons seront construites pour les quelques jeunes filles incarcérées, d’autant que leur sort n’a jamais véritablement intéressé les politiques. De même, si l’objectif réel avait été l’amélioration des conditions de détention, dénoncées depuis de nombreuses années par les professionnels et les associations, pourquoi ne pas avoir octroyé autant de moyens pour l’amélioration des quartiers mineurs existants, tant sur le plan humain que matériel ?

La réponse nous est fournie par le ministre de la justice lorsqu’il définit ces prisons comme des murs entourant une salle de classe ! Il s’agit là d’une véritable banalisation de l’incarcération. Avec cette conception, d’exceptionnelle, la prison devient une structure comme une autre pour éduquer et réinsérer les jeunes et aujourd’hui, elle se retrouve dans toutes les mesures prises ces dernières années : des CEF aux EPM, en passant par les mesures de contrôle en augmentation constante, l’enfermement et la contrainte deviennent des leviers et des conditions nécessaires pour réussir l’éducation.

- Nous affirmons qu’une prison, même améliorée reste une prison et qu’à ce titre, elle favorise la désocialisation de ces adultes en construction que sont les adolescents. Ceux-ci, pour se construire, ont besoin d’être accompagnés dans la vie réelle et d’apprendre la liberté.
- Nous affirmons qu’une prison, même améliorée a des effets destructurants sur des adolescents qui, privés de perspectives d’avenir et de statut social vont, au pire s’identifier au statut de « taulard », au mieux épouser l’étiquette de délinquant.

Quand d’exceptionnelle, la prison devient un mode courant de prise en charge des adolescents difficiles,

que l’enfermement est conçu comme le levier pour imposer par la force une conformité, que la menace de la prison remplace la relation éducative de confiance et de respect qui légitime la position d’autorité des adultes,

qu’il s’y substitue la contrainte corporelle, comme moyen d’imposer cette autorité, alors la réinsertion des jeunes délinquants est en péril.

L’action éducative dans un espace ouvert doit être la réponse prioritairement donnée aux actes des mineurs délinquants. C’est cette action dans la durée qui seule permet d’offrir des alternatives d’insertion dans la "vie réelle".

Le projet de construction de 7 prisons pour mineurs est un projet répressif avec un habillage éducatif. S’il correspond à l’idéologie de la « tolérance zéro », il est un renoncement coûteux au devoir d’éducation qu’une société doit assumer à l’égard de la jeunesse la plus en difficulté.

- Pour une véritable politique de prévention
- Pour reconstruire l’accès au droit à l’éducation des jeunes en difficulté

Agissons tous ensemble, rejoignez les actions locales qui sont organisées par les organisations signataires dans le cadre de la semaine d’action du 19 au 24 mars 2007 !

"OSONS L’EDUCATION A LA LIBERTÉ " !

Paris, le 13 mars 2007