Vague de chaleur : tout est sous contrôle

On aurait pu faire comme si, au moment où se réunissait ce CIEN, les températures à Paris ne dépassaient pas tous les records connus depuis qu’on les enregistre. Et surtout, qu’il ne soit pas dit que le passage en visio-conférence, décision annoncée lundi dans la matinée, avait à voir avec cette situation. Non ! C’est le bouclage du Quartier Latin, en lien avec la panthéonisation de Marc Bloch, que n’avait pas anticipé la région académique.

Mais c’était sans compter avec les déclarations d’à peu près toutes les organisations syndicales ou représentant les parents d’élèves, en premier lieu celle de la FSU.  La rectrice de région, Mme Benetti, également rectrice de Paris, comme le vice-président de la région Île-de-France, M. Chéron, en charge des lycées, sont restés droits dans leurs bottes. On dit que l’employeur semble n’avoir rien prévu ? Pas du tout, il veille « à ce que la gestion des conséquences de la vague de chaleur soit conduite au plus près des réalités locales, qui sont très différentes d’un établissement à l’autre », et d’ailleurs, les pièces fraîches ne se trouvent pas partout aux mêmes endroits. Quant à la collectivité locale, elle a hérité d’un patrimoine en piteux état il y a dix ans, nous dit M. Chéron, et elle a mobilisé 228 millions d’euros depuis 2020 sur ce seul sujet de l’adaptation climatique des lycées. Tous les nouveaux établissements construits répondent aux « standards climatiques particulièrement exigeants ». La région vient de mobiliser un fond d’urgence pour que les établissements puissent acquérir des équipements et faire face aux pics de chaleur (un million d’euros), Mme Benetti précise d’ailleurs que les établissements en ont déjà un certain nombre.

Manuels numériques : tout est sous contrôle

La FSU s’inquiétait des suites données à la décision du tribunal administratif de Montreuil qui a jugé illégale, le 26 mai 2026, l’édition de manuels scolaires numériques par la région Île-de-France. Les lycées vont-ils pouvoir se doter de manuels à la rentrée prochaine ? Comment garantir que le choix des équipes se fasse librement (choix d’un éditeur, choix du support, papier ou numérique) ? Comment la région académique justifie-t-elle d’avoir aidé la création d’un éditeur privé ? Quels ont été les arguments développés auprès du TA pour défendre la convention signée entre l’État et la région Île-de-France ?

Les représentants de l’État n’ont pas répondu, peut-être faute de temps. M. Chéron rappelle de son côté que la région Île-de-France a fait appel de cette décision du TA, et qu’il a bon espoir qu’elle soit annulée. La région va rencontrer les chef·fes d’établissement et les rassurer : le manuel libre ne va pas cesser d’exister, les établissements recevront une « dotation unique » pour choisir leur manuel papier et numérique et seront « encore plus libres qu’avant ». La demande de la FSU d’un groupe de travail du CIEN, que d’autres organisations ont aussi présentée, est entendue… mais la promesse d’en tenir un sur ce sujet précis est assez vague : s’il n’y a eu en 2025-2026 aucune réunion de ce genre, alors que plusieurs « groupes de contact » avaient eu lieu l’année précédente, la région, qui n’y est pas obligée, n’a pas la volonté de le supprimer… La FSU entend bien revenir à la charge et mettre les représentant·es de l’État et de la région devant leurs responsabilités.

Rentrée 2026 : tout est sous contrôle

Les évolutions de la démographie scolaire, extraites des travaux de la DEPP, (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, qui dépend du Ministère de l’éducation nationale), sont très différenciées en fonction des académies et des départements. Dans le second degré, d’ici 2035, la DEPP prévoit une baisse du nombre d’élèves de 12 % en collège (mais 6 % seulement en Essonne, contre 25 % à Paris) ; en lycée, la baisse moyenne est beaucoup plus limitée (3%) mais tout aussi contrastée (+2 % dans le Val d’Oise et en Seine-Saint-Denis, -14 % à Paris). Mais il est difficile de savoir ce qu’annoncent les propos de Mme la Rectrice de région, lorsqu’elle évoque « un enjeu d’adaptation », « une réflexion pour notre système éducatif », et qu’elle souligne, reprenant un argument du Ministre M. Geffray, que si on n’y pense pas maintenant, on cessera complètement de recruter des enseignant·es dans quelques années. On a donc du mal à comprendre ce qu’elle entend lorsqu’elle évoque « une opportunité pour améliorer les conditions d’apprentissage ». La demande d’éclaircissement exprimée par un représentant de la FCPE – est-ce que cela signifie qu’on va réduire le nombre d’élèves par classe ? – reste d’ailleurs sans réponse précise : à Paris, dit Mme Benetti, les retraits d’emplois ne sont pas à la hauteur de la baisse démographique, et M. Chanet, recteur de Créteil, s’étonne des propos, là aussi, d’un parent d’élève de Seine-Saint-Denis, « l’un des territoires les mieux traités par l’État » (avec le Cantal, dit-il). Ceux et celles qui se battent toujours, avec une large intersyndicale, pour un plan d’urgence en Seine-Saint-Denis, apprécieront l’appel au civisme de M. Chanet.

A nos questions sur l’éventualité de report de sortant·es de collèges vers les lycées parisiens, que semblait annoncer un article du Parisien le 9 juin dernier (« Et si des lycéens de banlieue étaient affectés à Paris pour éviter les fermetures d’établissements dans la capitale ? »), Mme Benetti a été plus catégorique : il n’est question que d’élèves s’orientant vers la voie professionnelle, pas d’élèves des voies générale ou technologique, et cela ne concerne que 100 formations en 2026, 12,5 % de l’offre totale dans cette voie. Toutes les précautions sont prises pour qu’il n’y ait pas d’effet d’aubaine qui accroîtrait la ségrégation sociale et scolaire. Aux inquiétudes, répétées par plusieurs organisations syndicales, le recteur de Versailles répond fermement : la logique de proximité l’emporte, « il n’est pas question qu’un.e jeune fasse des heures de transport ». Quant à M. Chéron, il invoque le travail approfondi autour du schéma directeur de la formation professionnelle initiale (que la FSU avait mis au cœur d’une de ses formations syndicales cette année). Notre déclaration insistait sur les problèmes récurrents d’affectation en LP à Créteil et à Versailles : les recteurs mettent en avant les résultats positifs de leur action. A Créteil, Mme Benetti, à la tête de l’académie jusqu’en 2025, avait lancé en son temps une politique d’orientation active des élèves issus des établissements de l’éducation prioritaire vers la seconde GT, politique, dit son successeur M. Chanet « qui commence à recueillir des résultats très encourageants », et le nombre d’élèves non affectés diminue. A Versailles, « oui, il y a un problème de place en Essonne ou dans le Val d’Oise », mais les « mesures pragmatiques » (davantage remplir les classes, « toujours dans le respect des règles de sécurité ») ont un effet immédiat, tandis que l’on travaille à accroître les capacités d’accueil en lycée, ce qu’ambitionne aussi le schéma directeur qu’évoque M. Chéron.

L’enseignement agricole bénéficie lui aussi de toutes les attentions de l’État et de la région. Certes, il ne scolarise que 3000 élèves, dans une vingtaine d’établissements (dont trois seulement sont publics), mais cherche à se rendre attractif, et, souligne M. Chéron, « très bonne nouvelle », l’État et la région travaillent « très fort » à la construction d’une nouvelle cité scolaire dans le Val d’Oise qui comprendra, entre autres, un nouveau lycée agricole public. Un ange passe, il est trop tard pour évoquer les oppositions nombreuses à la construction de cette cité dans le « Triangle de Gonesse » (vous pouvez voir ici la motion adoptée l’an dernier par la section départementale de la FSU 95), ni ce que ce projet doit à l’abandon du méga centre commercial et de loisir EuropaCity : c’est pour compenser cet abandon que le gouvernement avait annoncé en 2021 le choix de ce site, préféré à d’autres localisations.

Au terme d’une instance bouclée en trois heures, Mme Benetti s’est félicitée de la qualité des discussions. Pour la FSU, beaucoup de questions restent sans réponse. Nul doute qu’elles n’en trouvent que sous la pression de la profession, et la FSU entend bien la mobiliser.

 

Vous trouverez ci-dessous la déclaration préalable de la FSU IDF.