Manuels libres sur Pearltrees, c’est fini ? Et si la région et l’État demandaient vraiment à ceux et celles qui s’en servent ce que doivent-être des manuels scolaires ?

Après le passage aux manuels numériques, censément choisi par les établissements, souvent imposé aux enseignant·es, en 2019, après la généralisation de Pearltrees comme agglomérateur de contenus sur la plateforme MonLycée.net pour l’accès aux manuels numériques à la rentrée 2024, la région Île-de-France décidait à la rentrée 2025 la réduction drastique du financement des manuels papier ou des licences numériques et la promotion du manuel libre, en coopération avec la région académique, qui réunit les trois rectorats d’Ile-de-France, sous le pilotage de la rectrice de Paris.

Cette dernière mesure avait soulevé une petite tempête. Plutôt que de s’en tenir à ses compétences obligatoires, la région étend en effet son action à des domaines proprement pédagogiques. La structure même de Pearltrees, en « granules », est loin de séduire les enseignants et enseignantes, et elle est par ailleurs peu propice à l’appropriation par les élèves, en supposant qu’ils et elles s’y connectent, en classe ou à l’extérieur de la classe, ce qui est loin d’être le cas.  La FSU a prévenu la région académique du risque qu’elle prenait en soutenant cette politique, sans être entendue malheureusement.

De leur côté, plusieurs éditeurs avaient déjà porté l’affaire au tribunal administratif après le choix de Pealtrees.

Face à cette mobilisation croisée, mais aux ressorts bien distincts, la région et son vice-président James Chéron avaient voulu dénoncer, en septembre 2025, « trois intox », en rappelant que la région n’imposait pas le numérique aux lycées, qu’elle ne supprimait pas les manuels papier, et que les enseignant·es avaient toujours le choix de leur manuel.

Trois « intox » qui pourtant, dans beaucoup de lycées, ont plus que l’apparence de la vérité. Dans son intervention en soutien au budget des lycées, lors de la séance du Conseil régional du 16 décembre 2025, Mme Spizner, déléguée spéciale au décrochage scolaire, l’a d’ailleurs plus ou moins confirmé : « notre région a aussi engagé une véritable révolution numérique à cette rentrée scolaire : Pearltrees, manuel libre, IA Spirit… ». Elle ajoutait que la région avait « mis fin au gaspillage des licences inutilisées et des manuels jamais ouverts pour donner à chaque jeune le même accès au numérique, permis aux enseignants d’utiliser des outils pédagogiques du 21e siècle ».

Le 26 mai 2026, le tribunal administratif de Montreuil, saisi par l’association Les Éditeurs d’Éducation, a jugé illégale l’édition de manuels scolaires numériques par la région Île-de-France. Tenant compte de la désorganisation que pourrait faire naître l’annulation immédiate de la décision de la région de publier les manuels libres sur Pearltrees, dans la perspective des épreuves du bac notamment, le tribunal reporte au 30 septembre 2026 l’injonction de cesser cette publication.

Il est piquant de lire que le jugement reproche à la région « une intervention économique sur le marché de l’édition des manuels scolaires », en « méconnaissance du principe de la liberté du commerce et de l’industrie ». Mais pour la FSU, là n’est évidemment pas le problème, et il n’est  pas question d’inverser les fronts et de défendre le marché libre et non faussé, ou de se faire le porte-voix des maisons d’édition. Nous le rappelons fermement à la Présidente de la région Île-de-France, ainsi qu’à la Rectrice de la région académique, qui a engagé ses services dans l’aventure des manuels libres : cette révolution vantée par la majorité régionale ne peut se produire sans y associer les enseignantes et enseignants et leur représentant·es, en particulier la FSU. L’État ne peut non plus oublier ses propres responsabilités. Nous demandons qu’un groupe de travail du CIEN soit réuni rapidement pour organiser cette réflexion collective.